dimanche 25 mai 2008

Doujing, le tremblement pour exprimer la puissance

Le doujing, le jing "des tremblements", est une caractéristique du Taijiquan, notamment du style chen, mais ausi de la forme ancienne de Yang luchan. Cette expression de la force est impossible à imiter et ne surgit que lorsque le mouvement est juste, incluant le corps mais également l'esprit. Plutôt que tremblement, certains parlent du doujing en terme de vibration.





Le maître Wang bo démontre l'ancienne forme du style Yang, son doujing est particulièrement marqué




Souvent considéré comme une expression de "l'énergie interne" dans l'art martial chinois, le doujing n'est pas issu d'une contraction excessive des muscles et des tendons de manière locale, comme il semble l'être au premier abord. Il s'agit en fait plutôt de l'opposé : Une décontraction totale des muscles volontaires sur l'ensemble du corps est à l'origine de cette vibration qui n'est donc pas issu du système nerveux volontaire.

L'art martial chinois préconise l'utilisation du squelette et des muscles qui lui sont proches. Cette musculature du maintient posturale est connecté au système nerveux involontaire (inconscient) et n'est que partiellement utilisée pour les mouvements. Or, dans l'art martial chinois, un mouvement juste s'appuie presque essentiellement sur cette musculature posturale et involontaire. Le travail de l'esprit permettant de "l'isoler" par le relachement des muscles volontaires.






Taijiquan par madame Chen liqing, doujing particulièrement impressionnant





On peut donc dire de ce phénomène vibratoire qu'il est issu d'un relâchement totale de la musculature volontaire et d'une contaction maximum des muscles involontaires par la posture juste. Les muscles posturaux, qui sont proches de l'os, se mettraient-ils alors à vibrer, comme lorsque l'on contracte excessivement les tendons de l'avant bras ?

Ce phénomène de vibration n'est pas l'appanage des pratiquants de taijiquan mais de toute école de l'art martial. On peut l'observer dans de nombreuses autres écoles comme le xingyiquan, le hequan, le sanhuang paochui, le tongbeiquan, le taizu changquan et bien d'autres écoles traditionnelles.




Démonstration de xingyiquan de la branche de Song shirong, notez le doujing lors des fali



Le doujing est impossible à imiter, il est le résultat d'un mouvement juste issu d'une coordination correcte des différents segments du corps et de l'esprit accompagné d'un parfait relâchement.


samedi 24 mai 2008

Yiquan et baguazhang


Des échanges entre Wang xiangzhai et les maîtres du baguazhang ont probablement influencés la pratique du yiquan. Zhang zhaodong, disciple de Cheng tinghua et fondateur du xingyibaguazhang fut d'ailleurs le personnage qui permit au yiquan de se développer en faisant connaitre Wang xiangzhai du milieu de l'art martial dans les annéees 20.






Zhang zhaodong en marche circulaire du baguazhang




Ses premiers contacts avec le baguazhang eurent lieu dans l'enfance de Wang xiangzhai alors qu'il étudiait le xingyiquan auprès de Guo yunshen, il pu à cette époque assister à une démonstration de Cheng tinghua (Guo yunshen et Cheng tinghua furent les deux maîtres à l'origine du rapprochement entre ces boxes complémentaires). Il resta profondément marqué toute sa vie par le haut niveau de réalisation de Cheng, lequel démontra probablement son "baguazhang de la nage du dragon" (youlong baguazhang) forme particulièrement fluide et dynamique de bagua.




Style Cheng de baguazhang (youlong baguazhang) par Liu jingru






Parmis les connaissances du fondateur du yiquan figure également un grand maître de la boxe bagua à l'enseignement énigmatique. Dans son interview au quotidien du peuple, il citait Liu fengchun, disciple de Cheng tinghua, comme un exemple de haute réalisation dans le baguazhang. Ce personnage, qui eut le privilège de recevoir également des leçons de son Shiye (grand-père maître, le maître de son maître) Dong haichuan, eut peu de disciples. Son enseignement, simple et pragmatique, se composait essentiellement de principes. A l'inverse des autres disciples de Cheng tinghua et Yin fu, il n'aurait pas diffusé d'enchainement en huit changements de paumes.

Ren zhicheng, auteur de l'ouvrage Yinyang bapanzhang, fut une autre connaissance de Wang xiangzhai dans la lignée du bagua. Son style insiste particulièrement sur les postures statiques et la marche circulaire.




Yinyang bapanzhang par Ren wenzhu, disciple de Ren zhicheng





D'un point de vue technique, le bagua se différencie des autres boxe chinoises par sa fluidité et son dynamisme. Il fut considéré comme l'alternative au xingyiquan qui utilisait essentiellement les force verticales et de profondeur (avant-arrière), misant sur la recherche de puissance à travers les six coordinations.
Des 3 plans (haut-bas, avant-arrière, coté-coté), les deux qui sont essentiellement utilisés dans le baguazhang sont ceux des forces verticales (haut - bas) et horizontales (coté-coté). Cette boxe mise surtout sur la souplesse et la rapidité.
On peut dire des écoles xingyi et bagua que l'une représente l'énergie du tigre et que l'autre représente celle du dragon.




Zhao daoxin, disciple du yiquan et du baguazhang





Le disciple de Wang xiangzhai qui appronfondi particulièrement la réunion de ces deux boxes aux statégies complémentaires fut Zhao daoxin. Il avait étudié le xingyiquan et le baguazhang sous la direction de Zhang zhaodong et créa à la fin de sa vie sa propre école qu'il nomma xinhuizhang. Très conservateur, Zhao daoxin enseigna très peu et n'eut aucun successeur. On dit de lui qu'il était un redoutable combattant craint de tous. Il finit d'ailleurs troisième aux championnats de Chine de wushu en combat dans les années 30, époque ou les combat étaient durs et les blessures parfois très graves.




Démonstration de xinhuizhang par Yang fukui






Du baguazhang, le yiquan a puisé la force circulaire (horizontale), la fluidité de déplacement ainsi que l'utilisation de la main ouverte (paume et tranchant). Les techniques du bagua que l'on retrouve dans le yiquan sont essentiellement le simple changement de paume et les trois paumes antiques (laosanzhang) qui consistent en trois directions de frappe, selon les trois plans.


jeudi 22 mai 2008

Témoignage sur You pengxi, Guo lianyin et Han xingyuan (suite et fin)


...Pendant mes années sous la direction de You pengxi, j'avais un entrainement quotidien avec lui le matin, j'ai appris d'autres aspects du yiquan et du qigong. En fait, pour résumer, avec maître Guo lianyin, c'était essentiellement du taijiquan, du bagua et un peu de xingyi. Avec maître Han xingyuan, c'était 95 % de xingyi et avec maître You pengxi, c'était 10 % de xingyi et puis du qigong et de l'émission de force (fajing). Malheureusement et par la plus triste des coincidences, mes trois maîtres sont décédés la même année, en 1984. L'un en février, l'autre en avril et le troisième en juillet. Je n'ai donc pas pu étudier très longtemps avec You pengxi.





Docteur You pengxi, disciple de Wang xiangzhai, aux Etats-unis




Une autre chose que j'ignorais et que j'ai appris plus tard était que mes trois maîtres étaient frères de pratique : Tous les trois avaient été disciple de Wang xiangzhai...

...Je me souviens qu'au tout début de ma pratique, un jour, alors que je sortais du studio ou nous nous entrainions, je me heurtais par mégarde contre maître Guo qui venais vers moi. Je lui suis rentré dedans et là, BAM ! Je me suis retrouvé 3 mètres en arrière. Je me suis dit que ce vieil homme était bien costaud, j'avais eu l'impression de heurter un roc. A l'époque, je débutais et je n'avais pas compris que cela venait du neigong. J'avais eu l'impression de rebondir comme un ballon de basket. Plus tard, j'ai ressenti la même chose lorsque maître Han me projetait.






Guo lianyin, démontrant le baguazhang aux Etats-unis





Par rapport à l'enseignement du professeur You pengxi, je ne veux faire aucune comparaison avec mes deux autres maîtres. Mais, tout d'abord, il avait créé sa propre école, le kongjing. La première fois que je l'ai vu pratiquer, je me suis un peu demandé ce qu'il faisait. Il bougeait juste ses mains comme des vagues sans la toucher et madame You partait en arrière comme une balle qui rebondi. Au début de son enseignement, il ne s'agissait que de posture statiques quotidiennes pour faire descendre notre qi, puis il nous enseigna progressivement comment faire les fajing et comment rebondir comme un ballon de basket et s'éjectant de façon à ne pas partir en déséquilibre lorsque l'on était projeté, et ce, afin d'éviter de se faire mal en tombant à terre...




Démonstration de kongjing par Cheuk fung et ses élèves






...Lorsque l'on poussait professeur ou madame You, la plupart du temps, on sentait notre énergie s'en aller et on se sentait alors très affaibli. Mais parfois, lorsqu'on parvenait à les pousser, on se retrouvait soudainement dans les airs. La première fois que j'ai essayé de pousser madame You, elle était debout au bord d'une estrade d'un mètre de haut, je lui ai dit que j'allais la faire tomber de l'estrade en poussant et elle m'a répondu "pas grave, viens ! " Je me suis retrouvé face à un bloc et, finalement, lorsque je décidais d'y mettre toute mon énergie, je me suis fait projeter en arrière sans qu'elle n'ai bougé d'un pouce ! Et avec maître You, c'était pareil mais en beaucoup plus fort."





Henry Look, disciple de You pengxi, Han xingyuan et Guo lianyin




mardi 20 mai 2008

Stage du 2 et 3 juillet à Paris

Programme du stage :

- Principes de bases de la posture Zhanzhuang pour la santé (yangshengzhuang) et l'art martial (jijizhuang)

- Cinq principes essentiels dans la forme posturale en mouvement (pattes de coq, dos de tortue, épaules d'ours, tête de tigre et yeux d'aigle)

- Cinq intentions essentielles pour la pratique quotidienne (travail interne)

- Travail de la force naturelle dans les six directions (shili et fali) sur place et en déplacement

- Travail des six directions de force en tuishou à une et à deux mains / principes de base de ces exercices

- Applications pratiques de l'utilisation de la force naturelle dans les six directions

- Applications à deux des techniques en déplacement






Démonstration de yiquan, applications et tuishou.




Lieux : Bois de Vincennes
Prix : stage complet : 80 euros
ou 50 euros / jour
Renseignement et inscriptions : 06 27 66 73 93



mardi 13 mai 2008

Témoignage sur You pengxi, Guo lianyin et Han xingyuan (première partie)


A la fin des années 60, en raison de problèmes de santé, henry Look décide de débuter la pratique du Taijiquan à San Fransisco. Américain d'origine chinoise, il a déjà rencontré beaucoup d'experts d'arts martiaux en Chine dans son enfance...

"Je cherchais un bon professeur de tajiquan et on me recommanda un vieux monsieur qui enseignait dans un parc de Chinatown. On l'appelait maître Guo, son nom était Guo lianyin. C'est comme ça que je suis arrivé à la pratique du Taiji, mais tout ce qui m'interessait à l'époque, c'était une pratique pour la santé. Je pense que j'ai eu beaucoup de chance de tomber sur maître Guo. J'entretenais de bonnes relations avec lui et, ainsi, il m'a enseigné plus que ce que j'étais capable d'apprendre pendant toute la période ou j'ai été son élève, qui dura tout de même sept années. Ensuite, pour des raisons personnelles, j'ai du arrêter la pratique et j'ai été surpris qu'il accèpte aussi simplement que j'arrête de suivre son enseignement. Il m'a donc laissé partir.




Guo lianyin, disciple de Wang xiangzhai, en jijizhuang



Bien évidemment, je ne savais pas grand chose de lui. Pendant cette période, maître Guo m'avait donné un petit apperçu de ce qu'est le Xingyi et le Bagua, en plus du Taiji. Mais c'était vraiment difficile d'apprendre avec lui car son enseignement était "à l'ancienne"... Tout ce que me disait maître Guo, c'était "fangsong yi dian" (encore plus détendu). Ce n'est que bien des années plus tard, lorsque maître Han xingyuan me proposa de m'expliquer tout ce que je ne comprenais pas, un soir ou il avait bu quelques verres, que j'ai compris l'étendu de ce que j'avais appris à ce moment.
Ensuite, donc, j'ai pu étudier sous la direction de maître Han xingyuan, qui venait de temps à autre aux Etats unis. Je me rendais souvent au Japon pour mon travail à cette époque et, à chaque fois que j'y allais, je m'arrangeais pour rendre visite à maître Han à Hong Kong. Donc, je ne l'ai finallement pas vu autant que mes autres maîtres mais chaque entrevue était intense et je notais systèmatiquement tout ce que j'avais vu avec lui lors de mes visites. J'ai, en fait, beaucoup appris avec lui même si je ne le voyais pas quotidiennement.




Han xingyuan, disciple de Wang xiangzhai, enseignant aux Etats-unis



Dans les années 70, à l'époque ou j'étudiais sous la direction de Guo lianyin, un de mes camarades demanda un soir au maître qui était, selon lui, le meilleur artiste martial en Chine, le plus grand shifu. Et là, maître Guo a répondu que la seule personne qu'il respectait était You pengxi. Nous, on s'est dit qu'il devait vraiment être très fort parcequ'on avait l'habitude de le voir ne rien répondre et juste s'en aller pour éviter de dire du mal lorsqu'on lui demandait son avis sur tel ou tel expert !
Mon ami martin Lee qui était docteur en physique avait été invité en Chine dans les années 80 pour une conférence. Il avait essayé de localiser You pengxi mais sans succès. Comme c'était encore une période de communisme dure, les artistes martiaux ne se montraient pas, personne n'osait parler de lui et tout le monde lui avait répondu qu'il était mort. En plus, You pengxi était de ces chinois qui avait fait une partie de ses études en occident, assez mal vu à cette époque. Il avait eu son diplôme de médecine occidentale en Allemagne et s'était spécialisé dans la dermathologie.

L'année suivante, martin retourna à Shanghai et fini par le rencontrer, lui et sa femme. C'était en 1981. Il lui démontra quelques expression de la force interne que l'on peut acquérir grace à la pratique du Qigong. Il pratiqua le Kongjing sur madame You, il la faisait sauter et rebondir dans tous les sens...





Le docteur You pengxi et son épouse Ouyang min



...Finalement, ils étaient interessé pour venir aux Etats unis et nous avons alors décidé de prendre les frais à notre charge. Maître Guo avait dit qu'il était le meilleurs, alors ça devait vraiment en valoir la peine. Martin s'en est occupé et il a pu lui avoir une invitation par deux universités qui étaient intéressées pour faire des recherches sur le qi, elles prirent finallement les frais à leur charge pour le voyage et le logement des deux époux.










(A suivre...)

mardi 6 mai 2008

La vie d'un grand maître : Wang peisheng (troisième partie)

Un jour, quelqu'un se présenta au temple Taimiao et, après avoir projeté plusieurs personnes en tuishou, il demanda à faire tuishou avec Yang yuting en personne. Celui-ci était très différent de Wang maozhai : très courtois, il ne souhaitait jamais humilier qui que ce soit dans ses actes. En faisant le tuishou avec le visiteur, il eut plusieurs fois l'avantage mais ne poussa pas ses techniques jusqu'à projeter son opposant après l'avoir mis en déséquilibre, se contentant d'arrêter son mouvement dès qu'il sentait avoir le dessus. Celui-ci, ne s'en rendi même pas compte et fini par prendre l'avantage sur Yang yuting, le faisant reculer. Le jeune Wang, voyant cela, demanda à prendre la place de son maître et projeta alors son opposant 7 fois d'affilées contre un mur avant que son maître ne lui ordonne d'arrêter.




Wang peisheng démontre les principes du tuishou






L'inconnu revint le lendemain, il voulait faire combattre avec le jeune Wang car il n'avait rien compris de ce qui lui était arrivé la veille. Ce jour là, wang peisheng le projetta si violemment au sol que l'inconnu en perdit connaissance. Wang maozhai était alors présent et assista à la scène. A la suite de cela il demanda à parler au jeune peisheng et lui annonça que désormais il pourrait venir tous les soirs à sa demeure pour pratiquer directement avec lui. Cette attitude était extrêmement rare à l'époque car les grand maîtres n'osait pas intervenir dans l'enseignement de leur disciples-maitre.

Wang peisheng pu donc s'entrainer et pratiquer tuishou quotidiennement avec le grand maître Wang maozhai qui, comme il travaillait alors dans le commerce des pierres, s'entrainait souvent sur son lieu de travail. Il pratiquait le tuishou sur une pierre qu'il avait tant poli à force de se tenir dessus qu'elle était glissance comme une patinoire. Wang peisheng confia plus tard que cet exercice était très difficile et que rien que se tenir debout, immobile, sur cette piere demandait beaucoup d'efforts. Il pu croiser les mains avec le grand maître pendant huit années. Il demarra à cette époque l'étude du taijiquan avec un autre disciple de Quan you, le maître Guo fen.

Tant d'effort et de travail finirent par ammener Wang maozhai à autoriser le jeune peisheng à enseigner. Il avait alors 18 ans et fut considéré comme un des plus jeune maître de l'art martial en Chine.






Wang peisheng, baguazhang






Le jeune Wang ne cessa jamais d'apprendre toujours et encore plus sur l'art martial. A partir de l'age de quinze ans, il avait démarré l'étude de deux autres écoles du baguazhang, celle de Cheng tinghua et celle de Liu dekuan, ainsi que le tongbeiquan, le bajiquan, le xingyiquan avec Han muxia et la lutte chinoise. Parallèlement à cela il étudia la culture traditionnelle en suivant l'enseignement de maîtres du Taoïsme, du Confuciannisme et du Bouddhisme.

Han muxia, de qui il reçu l'enseignement en xingyiquan et baguazhang, était le meilleur disciple de Zhang zhaodong. Certains dirent de son gongfu qu'il était même suppérieur à celui de Zhang. Le haut niveau de Wang peisheng lui permit de recevoir des instructions précises et avancées que les élèves du maître n'ont sûrement pas reçu eux-même.

Dans les années 50, il créa avec d'autres maîtres une association pour y enseigner l'art martial. A cette époque, Wang xiangzhai, le fondateur du dachengquan lui dit un jour : "Peisheng, je garde toujours ton nom brodé dans la manche de ma veste." Cette remarque était en référence à la célèbre oeuvre littéraire des "trois royaumes" dans laquelle Caocao, roi des Wei, ayant entendu la féroce réputation de Zhang fei, demande à tous ses généraux de broder son nom dans leur manche. Ils pourront ainsi se souvenir de quel adversaire dangereux il est, s'ils venaient à le croiser un jour au combat.

En 1953, Wang peisheng fini de concrétiser un travail important : la création de la forme de style Wu en 37 mouvements. A cette époque, il enseignait à l'école suppérieure de l'industrie de Pékin. Certains universitaires et étudiants se plaignaient souvent que la forme traditionnelle soit trop longue à exécuter. En 40 minutes, il leur était impossible de réaliser entièrement ne fut-ce qu'un enchainement. C'est ce qui donna l'idée à maître Wang de créer sa forme de 37 postures. La première chose qu'il fit fut de supprimer les répétitions d'une même technique dans la forme, ce qui amena à 37 postures. Ensuite il arrangea l'enchainement de ces techniques de façon à ce que la forme débute par des mouvements simples en allant vers de plus complexes et pour revenir à des techniques simples et relaxantes à la fin du Taolu.




Wang peisheng, taijiquan






Il continua d'expérimenter cette nouvelle forme en l'enseignant et pensait même pouvoir être encore plus efficace en réduisant encore le nombre de postures, se limitant à seulement quelques unes. Il avait analysé la façon d'enseigner des anciens et en avait déduit que c'était par la répétition sans fin de l'enchainement que les élèves devaient finir par avoir la sensation correcte, les maîtres n'expliquant pratiquement rien en détail. Cette méthode ne permet d'acquérir le véritable gongfu qu'aux disciples les plus sensitifs et intuitifs. Pour les autres, des dixaines d'années de pratiques ne donnaient parfois aucun résultat. Donc, maître Wang peisheng, en plus de diminuer le nombre de mouvement, enseigna de manière très précise la façon de les exécuter : les directions, les angles et tous les petits détails étaient livrés. Ensuite, il utilisa la terminologie du liuhebafa pour expliquer chaque technique. Et, finalement, il donna des explications précises sur l'utilisation du shen, du yi et du qi dans chaque technique et enseigna comment les enchainer correctement de façon à ne pas disperser l'energie lors des changements. Après des années de recherches et de travail, il enseigna sa nouvelle forme publiquement.





Partie de la forme des 37 postures du stule Wu





Les années qui suivirent l'arrivée des communiste au pouvoir furent difficiles. Souvent, la sécurité ne tenait qu'à peu de chose, comme la sympathie du responsable locale du partit, qui représentait l'autorité de l'organe politique central.

Wang peisheng eu, à cette époque, l'opportunité de créer un contact avec un personnage important des arts martiaux qui était bien placé au gouvernement. Mais l'attachement que maître Wang avait pour les valeurs traditionnelles firent de cet officiel un enemi à vie plutôt qu'un alié. Cette personne, qui pratiquait le Xingyiquan, rendit visite à Wang peisheng au début des années 50 dans son école de Huitong. Elle avait une haute opinion d'elle même et voulait discuter avec lui des véritables capacités aux combat. Au début de l'échange, Wang peisheng ne se permit pas de répliquer, au regard de la haute fonction de son invité, et se contenta de se défendre, ce qui ne fut pas pour plaire à l'officiel qui attendait un combat réel. Finalement Wang peisheng ne se retint plus et projeta plusieurs fois l'homme, le rejetant même hors de l'école à un moment de leur échange. Ils se rendirent alors à la maison d'un autre expert chez qui Wang domina son adversaire encore plusieurs fois. Il avait humilié cette personne en public. A partir de ce moment et pour les trente années qui suivirent, Wang peisehng fut mis à l'écart. Il ne pu rien publier et son nom ou sa photo n'apparurent dans aucune revue. Cette personne garda une dent contre lui jusqu'à la fin de sa vie et parla même à son successeur de Wang comme d'une mauvaise personne qu'il fallait surveiller. Ce n'était encore rien comparé à ce qui allait suivre...

Dans les années 60, années difficiles de l'histoire de la Chine et de son gouvernement communiste, un élève de Wang peisheng fut suspecté d'être anti-révolutionnaire pour des propos qu'il avait tenu. Une perquisition chez lui fit découvrire un journal dans lequel il écrivait ses pensées librement. Il y imaginait un gouvernement dans lequel son maître occuperait un poste important, ce qui suffit pour le faire arrêter lui et les autres experts mentionnés. Wang peisheng fut condamné à 5 ans de prison qui devinrent en fait 17 années de détention...







(A suivre)

Les origines du Taijiquan

Le texte qui suit a été écrit d'après le livre de Douglas Wile "Les classiques du Taiji oubliés de la dernière dynastie Qing" (Lost t'ai-chi classics from the late ch'ing dynasty, State university of New york press, 1996). Cet ouvrage expose les recherches du professeur Wile sur les origines du taijiquan et nottamment au regard du texte écrit par Li yiyu, neveu de Wu yuxiang (fondateur du style Wu / Hao de taijiquan) et de celui de Chang naizhou, qui pourrait être le lien manquant dans la généalogie de cette boxe.

Point particulièrement intéressant de ces recherches, le lien avec les personnages légendaires auxquels sont attribué les origines du taijiquan et qui n'est sans relation avec la séparation moderne en familles interne et externe de boxe chinoise.

Introduction
L'école de taijiquan du courant de Yongnian, disctrict d'origine de la famille Yang, démarre avec Yang luchan, personnage qui aurait fait son apprentissage à Chenjiagou auprès de la famille Chen.






Yang luchan, le père du taijiquan de Yongnian






Excepté le taijiquan de la famille Chen, tous les courants de taijiquan sont issu de Yang luchan, l'unique autre école pouvant faire remonter ses origines au clan Chen étant celle de Wu yuxiang. Ce personnage aurait appris auprès de Yang luchan et de Chen qingping, membre du clan des Chen installé au village de Zhaobao. Wu yuxiang créa sa propre école de taijiquan, il fut également un des professeur de Yang banhou, l'oncle des frères Yang (chenfu et shaohou). Son neveux, Li yiyu enseigna à Hao weizhen qui créa le style Hao de taiji.

La généalogie du taijiquan diffusé par les membres de la famille Yang fait remonter les origines de cette boxe à Zhang sanfeng, ermite taoïste légendaire et aux monts Wudang...


Les recherches de Douglas Wile (traduction)
D'après les premières sentences de la "brève introduction au Taijiquan" de Li yiyu, qui établi que "Nul ne sait qui est le créateur du Taijiquan", l'historien Xu zhen, dans son ouvrage "Recherches sur les vérités de l'histoire du taijiquan" ( 太级拳考信绿, Hong-kong, 1936 ) en conclu que l'origine de l'association de Zhang sanfeng avec le taijiquan doit provenir de pratiquants de l'école de la famille Yang et ne daterait pas d'avant le reigne de l'empereur Guang xu (1875 - 1904) de la dynastie Qing. L'historien Tang hao, lui, attribuait cette association à Wu yuxiang (créateur du style Wu ou Hao) lui même, en raison des témoignages laissés par ses petits fils allant dans ce sens. Les petits fils de Wu yuxiang ont très bien pu être influencé par l'école Yang, qui avançait cette théorie de Zhang sanfeng créateur du Taijiquan. Mais si ce n'est pas le cas, comment leur grand-père aurait-il pu obtenir cette information de Yang luchan, qui vécu tout de même plusieurs années au village du clan Chen et où Zhang sanfeng n'est jamais cité dans la généalogie de la boxe taiji ?




Représentation de Wu yuxiang






Dans l'hypothèse ou Wu yuxiang avança déjà cette théorie de son vivant, une autre question encore plus fondamentale se pose : Où a-t-il trouvé cette idée de "Zhang sanfeng, maître de l'art martial" ?

Une réponse plausible est qu'il aurait emprunté et modifié l'idée que Huang zongxi avance dans son "épitaphe à Wang zhengnan". Celui -ci y trace l'origine de la "boxe de la famille interne" et remonte jusqu'à Zhang sanfeng. D'autres "coïncidences" pourrait appuyer cette idée, nottamment la présence d'un certain Wang zong dans la généalogie de la boxe de la famille interne, dont les caractères ne sont pas sans évoquer l'autre créateur mythique du taijiquan : Wang zongyue, auteur présumé du "traité du taijiquan", texte découvert par... Wu yuxiang !








Tuishou par Hao shaoru, petit-fils de Hao weizhen qui fut disciple de Li yiyu





Huang zongxi (1610 - 1645) était un personnage majeure de la résistance anti-mandchou. Son texte "l'épitaphe à Wang zhengnan" (wang zhengnan mu zhiming) ainsi que celui de son fils Huang baijia "méthode de boxe de la famille interne" (neijiaquan fa) furent très probablement des moyens d'exprimer leur sentiment patriotique d'une manière caché en cette période de forte repression.

L'arbre généalogique qu'il donne de leur "boxe de la famille interne" remonte même jusqu'au dieu de la guerre Xuan wu (!!!), incluant l'hermite taoïste Zhang sanfeng pour arriver au personnage de Wang zhengnan.

Le fait qu'un autre fameux texte "L'oeuvre complète de Zhang sanfeng" fut écrit pendant la période de chaos se situant entre les guerres de l'opium et la revolte Taiping et que l'auteur de celui-ci était un membre d'une société secrète taoïste, laisse présumer que ce personnage constitue une référence à la tradition chinoise, une sorte d'icone.






Représentation de Zhang sanfeng







Dans l'hypothèse que le "traité du taijiquan" attribué à Wang zongyue aurait été écrit par Wu yuxiang en personne, le nom de Wang zongyue devient particulièrement interessant à analyser puisqu'il n'est sans rappeler celui du patriotique général Yue fei : Wang (le roi) zong (l'ancètre) yue (le même caractère que celui de yue fei). Yue fei est placé à l'origine d'autres généalogies de boxe chinoise, nottamment le xinyiquan, Il est souvent nommé Yue wumu wang (wumu étant un titre posthume "vénérable brave" et wang signifiant le roi).


dimanche 4 mai 2008

La vie d'un grand maître : Wang peisheng (deuxième partie)

Pendant les trois premières années, le maître Ma donna au jeune Wang sa leçon quotidienne au domicile même de la famille de l'enfant. C'était la première chose qui démarrait sa journée. Il prenait ensuite le petit déjeuné à la maison des Wang et s'en allait à ses occupation d'enseignant. Il enseigna à Wang le luohanquan de Shaolin, le style Yin de baguazhang et les armes. Wang travaillait dur, refléchissait beaucoup à sa pratique et obtenait les réponses à toutes les questions qu'il posait. A l'age de treize ans, soit un an après avoir rencontré maître Ma, alors qu'il continuait son apprentissage du baguazhang, Wang peisheng devint disciple de deux autres maîtres réputés : le maître Zhang yuliang, avec qui il commença l'apprentissage du tantui de la branche musulmane et le maître Yang yuting, avec qui il débuta l'apprentissage du taijiquan. Les deux hommes enseignaient à l'époque au troisième institut d'éducation populaire, qui se trouvait juste derrière la maison des Wang.





Le maître Zhu baozhen de Pékin démontre le style Yin de Baguazhang




Yang yuting était le principal disciple du grand maître Wang maozhai. Il devait succéder à son maître pour représenter le style wu (Wu jianquan) de taijiquan dans tout le nord de la Chine. Il forma, de son vivant, des milliers d'élèves sur plus de sept générations et Wang peisheng fit parti de son premier groupe de disciples internes. A cette époque, Yang enseignait également à l'institut de taijiquan de Taimiao. Le temple deTaimiao était le mémorial ou les empereurs des dynasties Ming et Qing étaient venu honorer leurs ancètres. Ce lieu devint par la suite le Palais culturel des travailleurs.




Court film de Yang yuting démontrant sa forme.





Le maître qui dirigeait l'enseignement à Taimiao était Wang maozhai, disciple du fondateur du style Wu de taijiquan (de Wu jianquan), le réputé Wu quanyou. Tous les matins, des centaines de gens venaient à Taimiao pour pratiquer et Yang yuting y emmena le jeune Wang peisheng qui, après un an seulement, assistait déjà son maître dans son enseignement.

"A cette époque, je m'entrainais très durement. Je me levais tous les matins à 4 heures et pratquais tout ce que j'avais appris, puis je partais pour le temple Taimiao sur le coup de six heures. Là, je guidais quelques élèves dans leur pratique de l'enchainement puis on faisait tuishou. Je devais faire tuishou avec trente ou quarante personnes différentes, tous les jours. Certains d'entre eux étaient jeunes et forts, d'autres étaient vieux et faibles et certains d'entre eux avaient un très bon gongfu. C'était vraiment un très bon entrainement pour moi : différentes personnes avec différents style et qui vous ammenaient différents problèmes à résoudre. Pour les jeunes et forts, je devais me relacher et pour les anciens, je devais faire attention à ne pas y aller trop fort ou les blesser."






Wang peisheng projetant un élève dans l'exercice du tuishou






Pendant 5 années, Wang peisheng se consacra corps et âme à l'art martial. "J'étais peut être un peu fou à cet époque. Je me souviens que tous les matins, c'était la première chose à laquelle je pensais. Lorsque je marchais dans la rue, je m'imaginais en chevalier errant des temps anciens (personnage représentatif de l'art martial dans la littérature chinoise) marchant seul dans la montagne. Quelle que soit la personne qui s'approchait de moi, j'imaginais toutes les façons dont elle pourrait m'attaquer par rapport à la position qu'elle tenait ainsi que toutes les façons de me défendre que je pouvais envisager." Maître Wang avoua un jour qu'une telle période était surement nécessaire dans la vie de quelqu'un qui veut atteindre un haut niveau de pratique.
Maître Wang a également réalisé très tôt que parvenir à une grande réalisation dans cet art ne demandais pas seulement de s'exercer beaucoup et avec une grande implication. Il faut exercer l'intellect autant que le corps. Il était toujours extrêmement attentif à tout ce qu'on lui montrait, se posait beaucoup de questions et en posait également beaucoup à ses maîtres. C'était un peu comme un jeu de puzzle pour lequel il se creusait la tête tant qu'il n'avait pas réuni toutes le pièces et qu'il n'abandonnerait pas tant que le tableau ne fut pas complet. Il se disait que "Nous avons tous deux bras et deux jambes, alors qu'est ce qui fait que dans un combat, l'un va rester debout immobile et les autres vont finir étalés sur le sol ? "





Wang maozhai, disciple de Quan you





Comme il n'avait pas peur de se mesurer à d'autres, Wang peisheng fit de nombreux combats, même très jeune et, à l'age de quinze ans, il avait déjà vaincu nombreuses personnes dont quelques experts. Ces dispositions au combat attirèrent l'attention de Wang maozhai.
Wang maozhai avait étudié le taijiquan auprès de Wu quanyou, un des meilleurs élèves de Yang luchan et disciple de son fils Yang banhou. Bien qu'ayant étudié le taijiquan depuis son enfance, Wang maozhai n'atteignit son très haut niveau qu'à l'age de 52 ans. Alors qu'il avait entreprit un voyage dans sa campagne natale, il observa un groupe de maçons qui travaillaient sur une maison et eut la révélation qui le rendit invincible à son retour à Pékin. Après le départ de son condisciple Wu jianquan (fils de Wu quanyou) à Shanghai, les gens parlèrent d'eux comme de "Wang au nord et Wu au sud".


(A suivre..)