dimanche 21 mars 2010

L'enseignement du maître Yao zongxun


Nombreux furent les disciples du célèbre Wang xiangzhai et ceux de la première heure (Zhou ziyan, Hong lianshun, Zhang changxin...) furent d'ailleurs quasiment d'une génération plus vieux que ses derniers élèves.



Zhou ziyan, le tout premier disciple de Wang xiangzhai



Pourtant, un des plus grands représentants du Dachengquan, y compris du vivant de son fondateur, demeure sans contestation le maître Yao zongxun.

A la fin des année 30, Wang xiangzhai avait décidé de dispenser son enseignement martial chez lui et le "hao" (pseudonyme attribué par le maître à ses disciples) qu'il avait choisi pour monsieur Yao fut Jixiang ( 継 鄉 / celui qui prend la suite de Xiangzhai).

On peut dire que la plupart des disciples du fondateur qui ont étudié l'aspect martial après cette date ont, en grande partie, appris avec monsieur Yao zongxun.




Wei yuzhu, disciple de Yao zongxun



Parmi les dignes représentant de Yao zongxun, on peut citer, entre autres, ses deux fils, Yao chengguan et Yao chengrong ainsi que Cui ruibin, Liu pulei et Wei yuzhu. D'autres grandes personnalités du yiquan firent également un passage dans son école, comme ce fut le cas pour Wang xuanjie ou encore Guo guizhi.

Les qualités de Yao zongxun étaient telles qu'à partir des années 40, il fut choisit par Wang xiangzhai pour répondre aux différentes personnes venant le défier. Sa renommée fut telle qu'il est enterré au cimetière des personnalités dans l'agglomération de Pékin, non loin de la tombe de son maître...




Le maître Yao zongxun en mouvement



Nous aurons la chance d'avoir cette années en France la visite de deux grands experts ayant suivi l'enseignement de Yao zongxun :

Guo guizhi est actuellement en France, il animera un stage à Marseille le week-end du 24 et 25 avril.

Cui ruibin viendra en France au mois de mai, sur l'invitation de son élève toulousain michel Tournerie, pour une série de stage à Toulouse, Bordeaux et Pau.


Pour plus de renseignement sur :

- Le stage de Guo guizhi à Marseille, contactez Alain Hagopian au 06 31 08 91 12.

- Les stages de Cui ruibin, contactez Michel Tournerie au 06 15 70 16 92



samedi 13 mars 2010

Notions de Qi (seconde partie)



Comme nous l'avons vu dans la première partie de cet article, il semblerait que la notion de souffle ou énergie (Qi) soit particulièrement liée à l'alchimie taoïste. On retrouve cette idée jusque dans son expression graphique : Le caractère le plus ancien évoquant ce souffle étant celui que l'on retrouve sous les Zhou occidentaux (11e siècle av J.C - 256 av J.C) et qui représente l'élément air au dessus de l'élément feu - Des bribes de la civilisation Zhou et de ses rites shamaniques ayant perduré au travers du Taoïsme - L'alchimie taoïste puise donc directement ses racines dans la culture des ancêtres chinois Zhou.



Inscriptions sur carapace de tortue, l'origine des caractères chinois




Plus tard dans l'histoire, il existe une variante de ce caractère évoquant la même idée. A partir des Song, il fut utilisé pour désigner le "Qi du ciel antérieur" (ou "Qi prénatal" / xiantianqi) par opposition "Qi du ciel postérieur" (Qi postnatal / houtianqi). Le premier caractère représente l'air ou l'inspiration et le feu (炁), le second représente l'air, ou la vapeur, et la graine ou le germe matérialisé par un grain de riz (氣).

Dans son ouvrage "yiliao tiyu huibian, hunyuan jianshen fa" (Recueil de textes médicaux et sportifs, méthode de renforcement corporel du chaos primordial), le maître Wang yufang nous explique :

"Certaines personnes disent que le Qi du Qigong est, en fait, l'air que l'on respire (NDT : de nos jours, le caractère Qi désigne l'air car dans sa forme simplifié le grain de riz sous l'élément air a disparu...) que ce n'est, donc, rien d'autre que de l'air. Bien sûr, il n'en est pas ainsi.
Dans les anciens écrits qui contiennent le mot Qi, celui dont on parle dans le qigong, la graphie est 炁. Il ne s'agit donc pas de l'air (气)."

Dans ce même ouvrage, madame Wang yufang s'exprime en ces termes :

"Le zhanzhuanggong est le travail de yangsheng du yiquan (entretien du principe vital) contenu dans le xingyiquan. Le yiquan est donc une forme de qigong. Le travail des postures pour l'entretien du principe vital est un syncrétisme de l'art martial et du travail du qi, il est issu de la culture de nos ancêtres et vieux de plus de mille ans...
...Les connaissances que nous possédons aujourd'hui sur les usages et coutumes de ces ancêtres sont faibles car peu de gens sont capables de comprendre le sens des écrits qu'ils nous ont légué."

Si l'on souhaite mieux comprendre cette notion millénaire, on peut se tourner vers le taoïsme et sa conception de l'être humain :

Chez les taoïstes, l'homme se situe entre les deux entités opposées et complémentaires que sont le ciel et le sol. Le ciel est yang, chaud, il représente la force spirituelle créatrice et il correspond à l'élément feu. Le sol est yin, froid, il représente le potentiel physique et matériel et il correspond à l'élément eau. L'homme est donc constamment "tiraillé" entre ces deux éléments composant sa nature. L'alchimie taoïste propose donc, en quelques sortes, une méthode pour atteindre l'harmonie chez l'être humain.
En "plaçant le feu sous l'eau" (en prenant contrôle du corps avec l'esprit) on peut arriver à "humidifier le feu pour contrôler ses excès" tout en "réchauffant doucement l'eau" pour la faire bouillir. En "portant l'eau à ébullition", il se passe "quelque chose", ce processus est comparable à la transformation de celle-ci en vapeur, le Qi (气).



Le chaudron tripode, symbole de l'opération alchimique, entre ciel et sol



Le Qi est donc, "ce qui nait lorsque l'on place le feu sous l'eau" (on retrouve la graphie utilisée par les Zhou : le feu sous la vapeur !)
Dans ce processus, la respiration joue un rôle primordial et c'est probablement la raison pour laquelle la deuxième graphie la plus ancienne qui fut utilisée pour désigner le Qi est le feu sous la respiration (炁).

Le maitre Wang xiangzhai disait : "Lorsque l'on pratique correctement le zhanzhuang, on ne trouve plus de syndrome du feu."

L'expression "syndrome du feu" (huohou / 火候 ) désignant, dans le taoïsme, l'expression de la nature de l'esprit et ses caractéristiques : difficile à dominer, très volubile et impalpable, il peut tout embraser si on ne le maîtrise pas un tant soit peu. La suppression des syndromes du feu signifiant "le contrôle de l'esprit", lequel permet de faire naître ce "quelque chose" qu'est le Qi...