dimanche 5 janvier 2014

Force de contradiction


Il est un principe sous-jacent à la pratique du yiquan / dachengquan qui s'avère être une composante fondamentale de la pratique dans l'art martial à main nue. La force "zheng" (zhengli / 争力)ou force de contradiction / d'opposition est le pendant de la force dite "du corps uni" (zhengti liliang / 整体力量). Ces deux forces se complètent telle deux principes opposés complémentaires et peuvent être rassemblées, de ce fait, comme le sont le vide et le plein, le lourd et le léger, le dur et le souple (couple yinyang)...

Le maître Yao chengrong, fils du maître Yao zongxun, nous explique certains aspects de cette force d'opposition dans un texte :

"L'essence de l'art martial, c'est la force intérieure. La force que l'on développe en pratiquant le zhanzhuang s'appelle "Hunyuanli", ce qui signifie "la force du corps uni". La clef qui permet d'obtenir cette force vient de l'utilisation de l'intention. On utilise la visualisation pour développer une force de contradiction ou "tension opposée" en dirigeant différentes parties de notre corps dans des directions opposées. On imagine également qu'il y a des connections entre notre corps et l'environnement extérieur. De cette manière, on pourra faire en sorte de faire bouger l'ensemble du corps dans son intégralité au même instant.

Si l'on a pratiqué zhanzhuang (posture statique) et shili (test de force) suffisamment longtemps et que l'on a développé des forces d'oppositions dans tous le corps, on a alors l'impression que des élastiques relient toutes les parties de notre corps et que notre corps est lui même comme un grand ressort. A ce moment de l'entrainement, si l'on imagine quelqu'un pousser une partie de notre corps, notre esprit va d'abords se tendre quelque peu puis notre force va se libérer depuis le centre de notre corps pour contrer la force qui nous est appliquée.




Travail de la force de réaction et tuishou par Wang shangwen et ses élèves



Un exercice de pratique à la force de réaction est alors le suivant :

Imaginer que l'on se tient debout sur un radeau de bambou en pleine mer dans une tempête. Le radeau est très instable, se soulevant d'avant en arrière et d'un coté à l'autre. Lorsque le radeau se soulève par l'avant, le poids de notre corps bouge vers l'avant pour contrebalancer le déséquilibre. Lorsque le radeau se soulève par l'arrière, le poids de notre corps bouge vers l'arrière. De même pour la droite et la gauche. Lorsque le radeau s'élève sur une vague, le poids de notre corps se soulève. Lorsque le radeau s'enfonce dans le creux dune vague, le poids de notre corps s'enfonce profondément dans le sol. Il faut bien utiliser l'intention pour réaliser cet exercice, les mouvements induits doivent être imperceptibles. Ces mouvements doivent être produit par nos seules jambes mais par l'ensemble du corps. Au début, il est souhaitable de suivre un schéma : haut - bas, droite - gauche, avant - arrière. Ensuite, on peut pratiquer avec des mouvements plus spontanés. De même, au début, le radeau doit bouger légèrement et lentement pour, par la suite, bouger rapidement et brusquement. Cet exercice a pour but de nous entrainer à affiner nos réactions pour leur permettre de s'adapter à différentes situations."

L'exercice proposé par le maître Yao chengrong n'est pas sans rappeler la méthode d'entrainement au zhanzhuang proposé par un autre disciple de Yao zongxun bien connu des pratiquants français : Guo guizhi.



Posture en simple appui par le maître Guo guizhi et ses élèves 



L'entrainement à la force ressort, ou force élastique (songjin) du maître Guo guizhi étant entièrement basée sur la pratique de cette force d'opposition (zhengli) selon les propres dires du maître.

La réunion des opposés se fait dans la tension mais cette tension n'a rien à voir avec une contraction volontaire des muscles (fibres musculaires rouge). Il s'agit plutôt d'étirer les segments articulaires de manière à provoquer une tension des partie tendineuse du muscle antagoniste, provoquant ainsi une "contraction involontaire" tendineuse. Cette façon de faire serait donc de l'ordre de la contraction dite "excentrique", à ne pas confondre avec une contraction isométrique qui, bien que semblable en apparence, donne des résultats très différents.



Pour plus de renseignements sur l'enseignement du maître Guo guizhi en France, vous pourrez contacter Joel Issartial à l'adresse suivante : lestatous@gmail.com